Bien qu’encore mal connues autant au Japon que dans le reste du monde, les comédies musicales adaptées de manga séduisent de plus en plus de fans. Certains d’entre eux n’hésitent pas à dépenser tout leur argent de poche pour s’offrir les précieux produits dérivés, DVD, et même assister aux spectacles. Le prix d’un billet pour une représentation est d’environ 30 à 40 euros, les DVD – un peu plus chers coûtent environ 50 euros, et les produits dérivés de 2 à 15 euros ; ce sont des dépenses très abordables. Abordables pour des jeunes filles (même si on peut trouver des fans garçons, mais ils achètent rarement des photos des acteurs), et si on vit au Japon, à quelques minutes d’un magasin spécialisé ou d’un théâtre connu.
Qu’en est-il des fans étrangères alors ? Et bien elles font comme moi, elles travaillent pendant les vacances scolaires et s’offrent la plus belle expérience de leur vie de fan en passant dix jours à Tokyo pour assister à deux comédies musicales, Air Gear et Bleach.

Comment ça se passe sur place ?
Dimanche 7 janvier 2007, 17h50 : me voici devant le Space Zero, petit théâtre assez modeste (environ une centaine de places) qui va accueillir les onze représentations de la toute nouvelle comédie musicale d’Air Gear. C’est la raison principale de ma venue au Japon, puisque le personnage phare est joué par un acteur que j’aime énormément, Kamakari Kenta, acteur déjà connu pour son rôle dans la comédie musicale de Prince of Tennis quelques mois plus tôt. Air Gear étant une série basée sur les rollers, la comédie restait une grande interrogation pour les fans.
Une foule de jeunes filles japonaises attend comme moi l’ouverture des portes dans le froid hivernal de Tokyo. A ma grande surprise, l’âge moyen de ces spectatrices ne dépasse pas les 17 ans, et à ma grande surprise toujours, c’est avec une hostilité évidente qu’elles regardent s’avancer vers le théâtre une européenne qui a du mal à passer inaperçue. Mais il m’en faudrait plus pour rebrousser chemin, donc je continue à attendre avec le sourire et mon MP3 à fond sur les oreilles. Les autres filles se remaquillent, se donnent un coup de peigne, arrangent leurs vêtements quand à 18h, les portes s’ouvrent enfin. A mon grand étonnement, il n’y a pas de bousculade. Juste une pointe d’excitation, mais tout se fait dans le calme absolu. Les places étant de toute façon numérotées, il est inutile de se presser.
Je tends mon billet à l’accueil pour prouver que j’ai bien une place à l’intérieur, puis je me rends directement vers les goodies.
Avant le spectacle (et après, si un des acteurs vous a tapé dans l’œil pendant le show), vous avez la possibilité de dépenser encore plus de sous que prévu. En vente sur des petites tables bien décorées : des photosets (quatre photos de chaque acteur, dont une ou deux en costume), des pamphlets (avec des photos des coulisses et la présentation des acteurs), et toutes sortes de produits dérivés des acteurs eux-mêmes, comme des DVD ou des posters. Vous avez également la possibilité de faire partie du fan-club d’un des acteurs, ou bien de précommander le DVD du spectacle. Enfin, dans un petit coin de la “salle d’attente”, vous laisserez vos cadeaux et autres lettres pour la star que vous êtes venue voir.
Avec en main le photoset de Kenta et le pamphlet, je vais donc m’asseoir sur un banc, en attendant le début du spectacle, à 19h. Là encore, je suis perçue comme une intruse, des regards noirs sont lancés vers moi toutes les dix secondes, mais je tiens bon. On n’a pas tous les jours l’occasion de voir “en vrai” des gens que l’on voit si souvent devant son écran.
Une demi-heure avant le début du spectacle, nous sommes autorisées à rentrer dans la vraie salle pour rejoindre nos sièges. Je découvre alors que le Space Zero est vraiment très petit, et que les rangs de devant sont vraiment tout près de la scène. Celle-ci est aménagée pour les rollers : une rampe principale, et une sorte de petit circuit qui tourne autour du public. Pas très étoffé, mais Air Gear a encore tout à prouver.
19h tapante, une petite musique se fait entendre, et quelques minutes plus tard, une voix nous indique que les appareils électroniques sont interdits : téléphone portable, appareil photo, … Il n’y a pas de piratage dans le monde des comédies musicales japonaises ! (Tout au moins, pas au moment des représentations…) Les lumières s’éteignent alors, et le spectacle commence.
Que dire ? J’ai d’abord eu l’impression de me retrouver devant mon écran de télévision. C’était inconcevable pour mon petit cerveau de fan d’avoir ces acteurs juste devant mes yeux. Je les voyais bouger, je les entendais chanter et parler, mais je ne réalisais pas. Ce n’est que le lendemain que j’ai vraiment compris qu’ils avaient bien été à quelques mètres de moi. Ce jour-là, il y avait deux représentations dans la journée, une à 13h, et l’autre à 19h. Et pour celle de la fin d’après-midi, j’avais réussi à avoir un billet au premier rang. Je n’avais qu’à tendre la main pour toucher la scène. Mais c’est une chose qui ne se fait pas au Japon. On ne touche pas la scène, on ne crie pas le nom des acteurs, on ne leur saute pas dessus. Non, on reste assis sur son siège et on regarde.
Le show en lui-même était impressionnant. Les acteurs étaient sur des rollers, et s’il n’y avait pas les figures que l’on voit dans la série originale, les scènes de combat et les chorégraphies donnaient largement le change. Comme pour la comédie de Prince of Tennis, les personnages féminins ont été supprimés. Mais comment se plaindre quand on a devant soi onze charmants garçons, plus doués les uns que les autres ? De plus, la comédie ne suivant pas exactement la série originale (l’équipe rivale ayant même été inventée pour l’occasion), on peut suivre l’histoire sans rien connaître du manga, contrairement à la comédie de Bleach, qui elle, suit le développement de la série.

Mais en janvier 2007, ce n’était pas une comédie musicale de Bleach qui allait se jouer. Pour la première fois, c’était en “live”, un concert, avec les reprises des chansons phares des précédentes comédies et quelques passages de texte amusants. Là encore, vente de photosets et autre goodies, mais ambiance différente. A cause de sa popularité, le théâtre pour Bleach était beaucoup plus vaste que le Space Zero, et la comédie étant à son quatrième spectacle, les billets pour les rangs de devant étaient loin d’être aussi faciles à obtenir et beaucoup plus chers que pour Air Gear. Je n’étais pas si mal placée, car les acteurs faisaient régulièrement des tours dans le public, mais c’était beaucoup moins amusant qu’Air Gear. Un théâtre plus grand signifie aussi plus de monde, donc moins de contact avec les acteurs, proximité que j’avais adorée pendant Air Gear.
Après les deux spectacles, Air Gear et Bleach, et pour toutes les autres comédies musicales et pièces de théâtre au Japon, il y a ce qu’on appelle un “demachi”. C’est le moment où vous attendez devant le théâtre la sortie des artistes. C’est là que, si vous en avez le courage, vous pouvez leur dire quelques mots : un “bon travail”, ou encore un “merci pour le spectacle” sont de rigueur. Puis vous rentrez chez vous, en attendant une nouvelle représentation, ou la sortie du DVD.
Aujourd’hui, dix mois après mon voyage, je dirais que ça a été la plus belle expérience de ma vie de fan. En plus de visiter un pays que j’aime énormément, j’ai pu faire partie d’un monde que j’enviais depuis longtemps. Il n’y a rien de comparable entre regarder un DVD chez soi et être dans un théâtre, entre voir quelqu’un derrière un écran et le voir en chair et en os. Cerise sur le gâteau, j’ai pu assister à la toute première représentation d’Air Gear, j’ai pu assister aux débuts de cette comédie qui semble promise à un bel avenir et voir évoluer les acteurs sur scène. Show après show, ils s’amélioraient, offrant à chaque fois un spectacle différent. C’est pourquoi Air Gear aura toujours une place privilégiée dans mon coeur.
J’ai été ravie de voir “en vrai” Kamakari Kenta. J’en étais déjà fan, mais mon voyage a complètement changé la vision que j’avais de lui. Et ce fut également l’occasion pour moi de découvrir, toujours pendant Air Gear, un groupe de quatre garçons, les Run&Gun. N’hésitez pas à découvrir leur musique, vous ne le regretterez pas !
Les DVD d’Air Gear et Bleach sont en vente exclusivement chez Animate, au Japon. Mais Nippon Export peut se faire intermédiaire. Laissez-vous prendre au jeu de la comédie musicale japonaise, vous n’en sortirez plus…
(Tokyo, novembre 2007) |