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Interview de Wanma Caidan, réalisateur du premier film entièrement tibétain Le Silence des pierres sacrées
Un des films les plus attendus du Festival de cinéma chinois de Paris est Le silence des pierres sacrées, premier long métrage de fiction entièrement tibétain : de l’écriture à la réalisation en passant par les acteurs et la composition musicale, Le silence des pierres sacrées représente la première création d’une cinématographie tibétaine que l’on espère en devenir.


Wanma Caidan, le réalisateur, a d’abord étudié la littérature puis le cinéma à l’Académie du Film de Pékin. Il a réalisé en 2004 un court métrage, The Grassland. Son long métrage, il l’a voulu tibétain dans sa totalité car il attache une grande importance à sa culture qu’il estime méconnue. Pour le tournage à près de 3 000 mètres d’altitude dans un village et un monastère tibétains avec les villageois et les moines, il a fallu obtenir l’autorisation du Petit Rinpoché (le Bouddha vivant) et l’approbation des villageois qui ne sont donc pas des acteurs professionnels. Le tournage a duré 40 jours en prenant soin de respecter les temps de prière.
Le film raconte l’irruption de la télévision dans un village et un monastère tibétains à travers la vie de Petit Lama, apprenti moine. C’est le Nouvel An et Petit Lama est autorisé à retourner dans son village avec son père pour quelques jours. Sa famille dispose maintenant d’un poste de télévision qui l’attire cependant plus que le spectacle d’opéra tibétain du village. Il souhaite ramener le poste au monastère, pour faire plaisir à son tuteur, le vieux lama, en lui montrant des épisodes de l’histoire de la dynastie des Tang qu’il apprécie tant.
Ces pérégrinations autour d’un symbole de la modernité sont évidemment mises en valeur par le contexte. Wanma Caidan nous offre de très beaux plans fixes harmonieux sur des paysages qu’on ne se lasse pas de regarder. La sensation d’authenticité véhiculée par les prières des moines bouddhistes, les habitudes de vie des villageois et leurs réactions face à une technologie que l’on a déjà assimilée depuis longtemps dans nos sociétés donne au film une valeur inégalable. C’est une véritable plongée dans une culture étrangère dont Wanma Caidan a voulu conserver l’authenticité. Jamais n’a été aussi nette cette impression que le cinéma est l’un des meilleurs véhicules d’appréhension des cultures et de leurs études tout comme il produit des échanges entre les hommes. Wanma Caidan n’a cependant pas fait un film anthropologique mais avant tout un travail esthétique qui sera peut-être davantage mis en avant lorsque le cinéma tibétain sera partie prenante du paysage cinématographique asiatique.


Wanma Caidan, qui parle chinois et tibétain, a accepté de répondre à quelques questions. Lors du débat après la projection du film, les spectateurs étaient principalement intéressés par la culture tibétaine et les rapports avec les chinois. Les réponses de Wanma Caidan nous rappelle que notre tentation à diaboliser la politique chinoise doit être nuancée car tout ne tourne pas autour d’un antagonisme présupposé entre Chinois et Tibétains.
Dans cette interview, le réalisateur nous parle plus particulièrement du cinéma tel qu’il le conçoit, et de ses projets.


Le Silence des pierres sacrées (aka The holy silent stones) / Wanma Caidan, 102 minutes, 2004. Prix du meilleur premier film au Festival du Coq d’or 2005 de Sanya (Chine) et mention spéciale au Festival de Pusan 2005.

INTERVIEW

Quelle a été la réaction des villageois lorsque vous leur avez proposé votre projet ?

Au départ partagée. Pas très positive chez certains, mais grâce à de la communication, ils ont été finalement d’accord. D’autres souhaitaient dès le départ jouer dans le film !

Pensez-vous changer votre façon de tourner, vos procédés dans vos prochains films (Wanma Caidan emploie beaucoup de plans fixes harmonieusement composés) ?

Le silence des pierres sacrées est le premier volet d’une trilogie dont Petit Lama sera toujours le personnage principal mais avec cette fois une attention plus particulière sur le territoire tibétain qui s’étend sur plus de 2 000 km. On devrait voir Petit Lama avec son tuteur en pèlerinage vers Lhasa. Je pense conserver à peu près les mêmes techniques pour les deux prochains films.

Comment expliquez-vous que vous soyez le premier réalisateur tibétain en 2005 ?

C’est triste pour moi d’être le premier car l’Histoire du cinéma est centenaire en Chine tandis que l’Histoire du Tibet est encore plus ancienne, mais je n’ai pas forcément d’explications.

Pensez-vous que des festivals comme celui dans lequel vous êtes invité en ce moment, vont aider à développer une génération de cinéastes tibétains ?

Oui, je pense que ça peut aider les autres réalisateurs tibétains, d’autant que mon film est le premier en 35 mm. Beaucoup de festivals ont programmé ce film et cela devrait encourager l’émergence d’un cinéma tibétain.
La culture tibétaine est profonde. A travers les films on peut répandre notre culture. Alors j’espère que ce film sera la première pierre de l’édifice. Même si il n’avait pas de succès je serais très content de l’avoir réalisé car je pense que c’est la base pour construire autre chose.

Considérez-vous votre film comme tibétain ou chinois ?

Mon but est de commencer à un niveau assez haut. Je veux vraiment qu’il soit le premier film joué et réalisé en tibétain. On peut dire qu’il sera inscrit dans l’histoire du cinéma chinois !

Avez-vous eu des difficultés pour financer votre film ?

Comme pour beaucoup de premiers films, j’ai eu des difficultés auxquelles s’ajoutent celles du tournage : scènes en hiver pour le Nouvel An... Et il y en aura bien d’autres lors de la distribution du film en salles. Mais j’ai décidé de ne pas financer mon film avec l’Etat ou des sociétés étrangères. J’ai voulu un film “pur”.

Et pensez-vous que vous arriverez toujours à financer “purement” vos films ?

J’essayerai d’être toujours le plus indépendant possible !


(Gaëlle Thomas)
mars 2006
Auteur
Gaelle Thomas
Date
15/05/2006
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